Ainsi, le fait de la pénurie de participants, qui mérite sûrement d'être analysé, se mêle avec une représentation extérieure malveillante qui trouble l'analyse. Nous voici - nous qui avons organisé et participé - pris par une panique souterraine (d'avoir fait une piètre figure), par un besoin de trouver des justifications, voire des coupables (les absents, trop fainéants, paresseux, pingres, indifférents, ou « radicaux », pour venir), tout en nous creusant la cervelle pour imaginer des solutions bouleversantes, qui porteront la Veggie Pride 2011 aux étoiles.

Il me semble important de déceler ce jeu et de refuser de le jouer. Quoi qu'en dise le journaliste du Progrès, nous n'avons pas à avoir honte de notre manifestation.

Tout d'abord, c'était un beau cortège, plein d'énergie et de passion, comme toujours. Les passants s'arrêtaient pour nous regarder, frappés par nos pancartes et nos slogans. Même la section des familles s'est fait entendre, croyez-moi. Cela fait déjà plus de dix ans que je milite pour les animaux, mais l'émotion que j'ai éprouvée samedi dernier était aussi forte que si j'avais été une novice.

Veggie Pride 2010

En deuxième lieu, il faut comparer le résultat français avec celui de la Veggie Pride italienne, à sa troisième épreuve. 500 personnes ont participé à la VP de Milan : si on juge cela sous l'angle simplement quantitatif, étant donné qu'en Italie il y a 6 millions de végétariens (selon une statistique de 2006), la proportion est même plus décevante qu'en France. Pourtant, non seulement les organisateurs et les participants étaient enthousiastes, mais - surtout - à Milan ont défilé des banderoles comme celle-ci :

Veggie Pride 2010 Italy

La phrase sur la banderole veut dire : « Se moquer de ceux qui refusent la viande, c'est mépriser ceux qui meurent dans les abattoirs ». Un message si clair et fort contre la végéphobie est quelque chose d'absolument inédit en Italie, et cela a été possible grâce au souffle novateur porté par la Veggie Pride, qui a stimulé un débat inouï sur la végéphobie et sur les argument indirects au sein du mouvement animaliste (tant dans son noyau « traditionaliste » que dans ses franges « radicales »). Bref, au lieu de focaliser notre réflexion sur l'immobilisme des végétariens français, peut-être serait-il plus constructif d'avoir un regard plus global sur l'évolution du message de fond de la Veggie Pride : celui-ci, contrairement aux apparences, est en train de se répandre, et nous devrions intensifier nos efforts pour le diffuser davantage en Europe plutôt que nous borner à nous plaindre de ceux qui lui restent indifférents chez nous.

Enfin, et surtout, il me semble clair que si le Progrès a lancé une telle attaque végéphobe - s'éloignant ainsi même du simple professionnalisme - et a voulu souligner que les végétariens sont une minorité infime, c'est que le message de la Veggie Pride a frappé juste. En effet, nous avons mis la société face à la question du meurtre des animaux et avons contesté son droit de disposer de la vie des non humains : parce que la société voit bien que le problème éthique existe et n'est pas négligeable, elle essaie de se dégager du débat en invoquant une question de technologie politique, à savoir le fait que puisque nous sommes une petite minorité, nous n'avons pas le droit de mettre en question l'ordre des choses décidé par la majorité. Il s'agit d'une stratégie dont j'ai fait l'expérience récemment à l'occasion de discussions tête à tête et que je vois à l'œuvre de façon éclatante et publique dans l'article du Progrès : celle d'invoquer la dictature de la majorité. Au lieu de nous auto-fustiger ou de chercher des coupables, réjouissons-nous, car le front carnivore s'est clairement senti harcelé par la Veggie Pride. Et cela est loin d'être un insuccès.

  • Pour des réflexions plus approfondies sur l'importance de la Veggie Pride, lire la brochure Réflexions sur la Veggie Pride, publiée en français et en italien en 2009.
  • D'autres photos de la Veggie Pride prises par moi se trouvent ici.

P.S. ... et un petit sursaut de fierté (de mère) végétalienne...

Veggie Pride 2010