Nous n'avons pas honte d'avoir fait la Veggie Pride !
By benio on Monday, May 17 2010, 22:13 - Français - Permalink
Ça y est, les végéphobes reviennent à la charge, et cette fois, ils visent haut : rien de moins, ils veulent nous faire honte d'avoir organisé la Veggie Pride. « La maigre mobilisation des végétariens à Lyon », titre le Progrès le lendemain de la manifestation, et ajoute : « seules 300 personnes se sont déplacées pour dire 'non' aux abattoirs et à 'l'exploitation animale' ».
Et la stratégie fonctionne, car elle est bien expérimentée (sur les homosexuel-le-s, les immigrés, les femmes...) : inspirer aux victimes un sentiment d'inadéquation, les convaincre que leur différence ne suscite que le ridicule et qu'elles feraient mieux de la cacher, de se cacher.
Ainsi, le fait de la pénurie de participants, qui mérite sûrement d'être analysé, se mêle avec une représentation extérieure malveillante qui trouble l'analyse. Nous voici - nous qui avons organisé et participé - pris par une panique souterraine (d'avoir fait une piètre figure), par un besoin de trouver des justifications, voire des coupables (les absents, trop fainéants, paresseux, pingres, indifférents, ou « radicaux », pour venir), tout en nous creusant la cervelle pour imaginer des solutions bouleversantes, qui porteront la Veggie Pride 2011 aux étoiles.
Il me semble important de déceler ce jeu et de refuser de le jouer. Quoi qu'en dise le journaliste du Progrès, nous n'avons pas à avoir honte de notre manifestation.
Tout d'abord, c'était un beau cortège, plein d'énergie et de passion, comme toujours. Les passants s'arrêtaient pour nous regarder, frappés par nos pancartes et nos slogans. Même la section des familles s'est fait entendre, croyez-moi. Cela fait déjà plus de dix ans que je milite pour les animaux, mais l'émotion que j'ai éprouvée samedi dernier était aussi forte que si j'avais été une novice.

En deuxième lieu, il faut comparer le résultat français avec celui de la Veggie Pride italienne, à sa troisième épreuve. 500 personnes ont participé à la VP de Milan : si on juge cela sous l'angle simplement quantitatif, étant donné qu'en Italie il y a 6 millions de végétariens (selon une statistique de 2006), la proportion est même plus décevante qu'en France. Pourtant, non seulement les organisateurs et les participants étaient enthousiastes, mais - surtout - à Milan ont défilé des banderoles comme celle-ci :

La phrase sur la banderole veut dire : « Se moquer de ceux qui refusent la viande, c'est mépriser ceux qui meurent dans les abattoirs ». Un message si clair et fort contre la végéphobie est quelque chose d'absolument inédit en Italie, et cela a été possible grâce au souffle novateur porté par la Veggie Pride, qui a stimulé un débat inouï sur la végéphobie et sur les argument indirects au sein du mouvement animaliste (tant dans son noyau « traditionaliste » que dans ses franges « radicales »). Bref, au lieu de focaliser notre réflexion sur l'immobilisme des végétariens français, peut-être serait-il plus constructif d'avoir un regard plus global sur l'évolution du message de fond de la Veggie Pride : celui-ci, contrairement aux apparences, est en train de se répandre, et nous devrions intensifier nos efforts pour le diffuser davantage en Europe plutôt que nous borner à nous plaindre de ceux qui lui restent indifférents chez nous.
Enfin, et surtout, il me semble clair que si le Progrès a lancé une telle attaque végéphobe - s'éloignant ainsi même du simple professionnalisme - et a voulu souligner que les végétariens sont une minorité infime, c'est que le message de la Veggie Pride a frappé juste. En effet, nous avons mis la société face à la question du meurtre des animaux et avons contesté son droit de disposer de la vie des non humains : parce que la société voit bien que le problème éthique existe et n'est pas négligeable, elle essaie de se dégager du débat en invoquant une question de technologie politique, à savoir le fait que puisque nous sommes une petite minorité, nous n'avons pas le droit de mettre en question l'ordre des choses décidé par la majorité. Il s'agit d'une stratégie dont j'ai fait l'expérience récemment à l'occasion de discussions tête à tête et que je vois à l'œuvre de façon éclatante et publique dans l'article du Progrès : celle d'invoquer la dictature de la majorité. Au lieu de nous auto-fustiger ou de chercher des coupables, réjouissons-nous, car le front carnivore s'est clairement senti harcelé par la Veggie Pride. Et cela est loin d'être un insuccès.
- Pour des réflexions plus approfondies sur l'importance de la Veggie Pride, lire la brochure Réflexions sur la Veggie Pride, publiée en français et en italien en 2009.
- D'autres photos de la Veggie Pride prises par moi se trouvent ici.
P.S. ... et un petit sursaut de fierté (de mère) végétalienne...


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Comments
J'apprécie énormément ce que tu dis là et je suis tout à fait d'accord.
Je partage ton analyse, à la fois juste, mais toujours porteuse d'espoir pour l'avenir.... donc positive!!
Juste un petit bémol pour "par un besoin de trouver des justifications, voire des coupables (les absents, trop fainéants, paresseux, pingres, indifférents, ou « radicaux », pour venir),", il faut ajouter aussi les personnes qui n'ont pu venir juste pour des raisons financières, car il y a aussi des vegans pauvres (moi!), et sur cette raison, il est difficile de trouver un solution. Quand i faut faire 2000 km pour aller à une manifestation, et qu'on ne trouve pas de covoiturage près de chez soi, même la meilleure volonté n'est pas suffisante.
C'est la seule intervention que je fais sur ton commentaire qui pour le reste rejoins complètement mon propre avis.
Amitié végane!!
merci pour ton analyse et pour ta conclusion positive : je partage ton point de vue.
j'attends tout de même avec impatience le moment où tous les végé se déplaceront à la véggie pride...
à+
jé
Faudrait l'organiser au centre de gravité de la France pour racourcir tous les chemins
Plus ça va plus la Veggie Pride me semble importante politiquement ; et plus il me semble fondamental de dénoncer la végéphobie et d'aider à une prise de conscience (de nous-même aussi) de l'emprise que la répression sociale a sur nous, sur notre enthousiasme, sur nos idées, sur notre énergie : elle nous freine à fond, nous empêche de déployer toute notre créativité pour combattre la domination humaine.
Du coup, ça ne me semble pas si important qu'on ne soit pas très nombreux à défiler : c'est un peu ce qu'on voit du dehors de la manif, mais c'est en soi très éloigné de toute la subversion dont la vp est porteuse...