Hélas, quelle déception. Autour de moi, que des chaussures en animal mort. Très jolies, bien entendu. Très colorées, très tendance, et sans doute très équito-écolo-naturo-exotico et caetera et caetera. Mais très « animaux morts » aussi.

Au fond de la boutique, un monsieur, le propriétaire sans doute. Je lui demande s'il a des chaussures sans cuir, il répond non. Je pourrais partir sans rien dire. Mais, bon dieu, la mort n'est pas éthique, ne peut être éthique : faut-il toujours le taire ? Aujourd'hui je n'ai pas envie de me taire.

Ce magasin ne se définit-il pas éthique ? je lui demande. Il se lance en une description enthousiaste des qualités de ses chaussures : elles sont produites sans exploitation des travailleurs, ne contiennent pas de substances chimiques... Je l'arrête : elles sont faites avec la peau des animaux : est-il éthique de tuer des animaux inutilement ? Il faut manger ! me répond-il. Mais ce n'est pas nécessaire de tuer les animaux pour manger, lui dis-je. Il me regarde comme si je venais d'une autre planète. Comme s'il ne savait pas qu'il y a des gens qui ne mangent pas les animaux. En réalité, il le sait, comme tout le monde, j'en suis sûre. Mais ça donne toujours un avantage psychologique de traiter les autres d'anormaux.

J'insiste : ce n'est pas nécessaire de tuer les animaux, ce n'est pas éthique. Il me rétorque qu'il n'a pas la même vision de l'éthique que moi. Hop, le joker du relativisme est joué. Chacun pense ce qu'il veut, donc plus de discussion possible.

Des clients entrent. Je répète ma question : est-il éthique de tuer des animaux inutilement ? Non ! me dit-il de façon théâtrale en ouvrant la porte. Je vous dis ce que vous voulez entendre..., ajoute-t-il. Sous-entendu : pour que vous vous en alliez et que je puisse vendre mes « chaussures éthiques » en paix.

Les affaires sont les affaires, quoi !