J'ai vu récemment le film «Fantasmi a Roma» (titre français : «Les joyeux fantômes», 1961), réalisé par Antonio Pietrangeli, avec des acteurs grandissimes du cinéma italien : Marcello Mastroianni, Eduardo De Filippo, Vittorio Gassman... C'est l'histoire d'un petit palais situé au cœur de Rome, dans une des petites ruelles les plus charmantes de la Rome de la Renaissance : via della Pace, derrière Piazza Navona. Le palais appartient depuis des siècles à une famille de la noblesse romaine, les Di Roviano, et est hanté par des fantômes: ce sont les anciens Di Roviano morts de mort violente au fil des siècles. Les voici :

Le film raconte les machinations des fantômes pour empêcher Federico Di Roviano, jeune héritier de l'ancien Prince mort soudainement à cause de l'explosion d'un chauffe-eau, de vendre le palais à un méchant spéculateur qui veut le transformer en méga-supermarché. Au fil des gags, dont le comique est basé, comme on peut facilement l'imaginer, sur le décalage entre la logique des fantômes et celle de la modernité, le scénario nous propose une agréable variation sur le thème du temps qui passe, des générations et des époques qui se succèdent, de l'ancien qui laisse la place au nouveau sans que toutefois les liens soient entièrement coupés : la ressemblance physique se préserve (entre l'ancien Reginaldo Di Roviano et Federico, joués tous les deux par Marcello Mastroianni), et surtout l'attachement à la demeure familiale reste intact et finalement triomphe sur la cupidité moderne, Federico décidant enfin de ne pas vendre le palais.
Le jeu extraordinaire des acteurs fait pendant à la magnificence du décor : nous voilà plongés dans une ambiance domestique XVIIIe siècle que la fiction imagine préservée jusqu'à nos jours, parcourue par des personnages s'exprimant en dialecte romain actuel (pas toujours bien traduit dans les sous-titres, il faut le dire), en apparence indifférents à sa valeur. En apparence seulement, car en réalité ces vestiges sont bien précieux pour eux, pour des raisons qui ne sont pas historiques ou artistiques mais bien plus importantes, profondes et personnelles.
Ce film m'a fait penser à une découverte que j'ai faite lors d'une de mes dernières promenades à Rome. Si on a la chance de flâner dans le centre de Rome, il n'est pas rare, après avoir tourné le coin d'une ruelle quelconque, de se retrouver soudainement dans quelque lieu enchanté, inconnu des touristes, une place, une cour, un passage. Quant à moi, il m'est arrivé de tomber sur une petite place, dont je n'ai pas enregistré le nom et que je serai incapable de retrouver, avec un grand immeuble ancien à la façade décorée, comme je n'en avais jamais vus :

Je me demande si dans les siècles passés, les palais de la noblesse étaient tous également décorés. Quel devait être alors le faste du palais des Di Roviano !





È appena uscito il numero 15 della rivista XXDonne. 




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